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« Je lève un instant les yeux. Tout semble si paisible autour de moi, et si dérisoire aussi. Pourtant, je vis sur un volcan. J’habite une blessure. Depuis vingt... ans, je marche avec des cadavres plein les bras. Tant de mes amis sont tombés, en Algérie d’abord, et maintenant en France. Mais j’ai fait face, j’ai pris mon destin en main, réussissant parfois, trébuchant souvent. J’ai sauvé ma peau, coûte que coûte. Et c’est au fil de ces épreuves que m’est venue la passion d’écrire, le besoin de témoigner, presque par nécessité. S’engager dans cette voie n’est pas sans risque pour une femme. Mais la force de la vie guide ma plume. À travers elle, c’est le désir insatiable d’exister pour dire ma vérité qui me fait avancer vers la lumière. Et chaque mot élargit la mince fissure derrière laquelle le soleil brille, jusqu’à l’inéluctable affranchissement. La liberté de l’esprit. La liberté du corps. La liberté tout court. » Djemila Benhabib, Après Charlie, laïques de tous les pays mobilisez vous, Septentrion, 2016. 

Je pense à ces gamins broyés par l'infernale camion de la mort et devine l'insupportable douleur de leurs familles face à l'absurde. Je pense à l'ensemble des victimes fauchées par la barbarie alors qu’elles célébraient la vie et l'amour de leur nation. Je pense à la bravoure de cet homme en moto essayant d'ouvrir la portière du maudit camion. Et puis? Le courageux a péri,  écrasé par les roues. Je pense à mes nombreux amis niçois pour lesquels j'ai une tendresse infinie Dan Stora Clément Stora Gérard Vignaux Hédia Grislain. La beauté de Nice la distinguée est désormais éclaboussée par le terrible mal du siècle: le totalitarisme islamiste, cette exécrable machine à tuer. Il a suffi de quelques secondes selon les dires de quelques témoins pour que l'horreur survienne. "Soixante secondes!", a avancé un journaliste allemand. Le vie ne tient qu'à un fil...terriblement ténu, l'expression n'a jamais été aussi vraie. Je pense à ce pays qu'est la France que j'aime profondément frappée, encore une fois, en ce jour symbolique du 14 juillet.

Comment s'imaginer résister, aujourd'hui, sans défendre le triptyque républicain : Liberté-Egalité-Fraternité?

La posture de la résistance ne peut se résumer aux deuils et aux recueillements, elle doit prendre la forme d'une très large mobilisation au-delà des frontières et des États. Le langage de la vérité doit primer sur celui de l'imposture et du mensonge. Nous savons à quoi sert la rhétorique soi-disant bienveillante du "pas d'alamalgamisme" : à dédouaner les assassins et à culpabiliser les victimes. Nous avons perdu trop de temps à essayer d'amadouer cette bête indomptable qu'est l'islamisme. Pire encore, nous l'avons nourri de mille et une façons.

Contre la barbarie islamiste, il ne peut y avoir de demi-mesures. C'est ce que je soutiens depuis plus de vingt-ans. Je vais continuer à défendre cette conviction profonde en la mémoire de ceux qui sont partis et avec les courageux qui ne veulent plus céder un pouce à ces faucheurs de vie.

Résistons ensemble!"

texte de Djemila Benhabib sur sa page facebook.