"En assignant ainsi la femme à la pudeur, c’est à l’invisibilisation qu’on la contraint. Comment une petite fille peut-elle se construire si son premier rapport au corps est un rapport de honte et de rejet ? Comment penser sa féminité quand, au lieu d’être valorisé, le corps de la femme est l’objet à la fois du dégoût et de la concupiscence ? Comment s’épanouir dans sa féminité quand elle est synonyme d’indécence ? Comment être au monde quand on vous refuse le droit d’y être incarné ? Car le refus du corps, c’est le refus de l’incarnation, donc le refus de la puissance d’être et du pouvoir de faire.

À la fin, abandonnées par des politiques qui ignorent délibérément la réalité de l’asservissement et ne portent plus le dis- cours d’émancipation comme une condition d’accès à la citoyenneté et d’intégration à la sphère publique, certaines femmes n’ont plus d’autre choix que la revendication de leur aliénation. Elles défendent alors leur liberté de porter le voile. Accepterait-on que l’on puisse défendre « la liberté d’être esclave » et le revendiquer comme un droit que la société devrait garantir ? Et pourtant c’est ce que les islamistes voilées revendiquent. Elles en font même une arme contre le féminisme. C’est ainsi que l’on amène ces femmes à revendiquer leur oppression. Dans le langage fleuri de la gauche identitaire et racialiste, façon Parti des indigènes de la République, on appelle cela « retourner le stigmate ». Et c’est dramatique. Cela n’invite pas à la dignité, mais fait croire que décorer l’impasse dans laquelle on vous a placé est une autre manière de défricher son propre chemin […]"

 

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