compte rendu du procès pour la journée du 10 octobre 2017

"Econome en paroles, Yacov S. s’arrête souvent, réfléchit, cherche le mot juste, et ces longs silences qui s’étirent, où planent le sourire de Jonathan Sandler et de ses deux fils,ou celui rayonnant de la petite Myriam Monsonego, sont comme une boule compacte d’émotion contenue, tendue, sur le fil.  

"Il était 7h55 quand je suis arrivé à l’école pour la prière. J’étais dans la camionnette qu’on m’avait prêtée, j’ai vu Jonathan Sandler avec ses fils, je l’ai salué, et puis j’ai vu l’homme casqué devant lui. Jonathan Sandler s’agitait, il faisait des mouvements circulaires, je ne comprenais pas ce qui se passait.

Et puis je vois l'homme sortir un revolver, il tire sur 'Rav' Sandler, puis sur son fils à droite, puis sur son autre fils derrière, et puis, deux mètres après, je le vois tirer sur la fille du directeur, la petite Myriam Monsonego. Ensuite, il tire en l’air. Puis, je le vois continuer à tirer sur des corps par terre."

La voix est blanche, elle ne défaille pas. Elle décrit la stupéfaction devant le tireur :

Je ressentais la haine, palpable. Ce n'était pas des tirs au hasard, c’était comme une exécution. C’était précis, net."

Les silences se font néanmoins plus pesants quand Yacov S. évoque ce sentiment de culpabilité qui le taraude : "J’aurais peut-être dû réagir, faire quelque chose, les sauver

Yacov S. a revécu tellement de fois la scène. Alors quand les avocats des parties civiles lui posent les questions, avec une voix très douce, comme s’ils avaient peur de le casser, il répond. L’horaire, d’abord. C’est à 8 heures que les élèves arrivent, pour la prière. Myriam Monsonégo, Gabriel et Arieh Sandler n’étaient pas écoliers à Ozar Hatorah, qui est un collège-lycée, mais à Gan Rachi, une autre école primaire du quartier. "Myriam, elle attendait juste qu’on la conduise à l’école. Quelques minutes." Une avocate de la famille Monsonégo lui demande de revenir encore, plus précisément, sur les derniers instants de la petite.

"Myriam a voulu fuir, elle a trébuché sur son cartable, et dans le cartable, il y avait son tutu et ses chaussons de danse, c’est cela ?
– Elle a commencé à courir, le cartable est tombé, il s’est ouvert, les chaussons de danse sont tombés, elle s’est penchée pour ramasser, je crois, et puis il l’a rattrapée, et il a tiré, à bout portant."  

Aujourd’hui, autour de l’école Ozar Hatorah, rappelle un avocat, il y a un mur d’enceinte qui a été surélevé et aussi des fils barbelés.

"J’ai été choqué de voir les barbelés. Je sais que l’école est obligée de faire ça, pour la sécurité, mais, oui, ça me choque qu’on soit obligés d’enfermer nos enfants. On avait fait un voyage en Pologne avec les classes de première. On avait vu les camps. Et forcément, quand j’ai vu les fils barbelés… Je me suis dit, 'ça y est, ça recommence'."

texte de Doan Bui sur le site :

http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/20171010.OBS5802/proces-merah-myriam-a-trebuche-sur-son-cartable-il-a-tire-a-bout-portant.html

myriam monsonego

C'était en mars 2012, à Toulouse pendant la campagne présidentielle.