Dans le Monde Juif du 25 octobre 2017 :

L’ancien candidat souverainiste à l’élection présidentielle et actuel député de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignan a lancé mercredi à Paris une nouvelle plateforme participative qui doit encourager l’union de la droite française. L’élu a accordé un entretien exclusif au Monde Juif .info dans lequel il s’exprime sur la recomposition de la droite française, sur le terrorisme islamiste et sur le conflit israélo-palestinien.

Votre alliance avec le FN au second tour de la présidentielle a choqué la communauté juive, regrettez-vous ce choix ?

La communauté juive de ma ville me connaît très bien, qui je suis, quelles sont mes valeurs… Il ne faut pas se tromper de combat. Il faut voir le vrai danger, le vrai danger ce n’est pas Marine Le Pen. Marine Le Pen, ce n’est pas Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui, le vrai danger, c’est le fascisme islamique. J’ai toujours rejeté l’extrême droite comme Marine Le Pen rejette l’extrême droite. Il y avait un choix de second tour que j’assume. Cela ne veut pas dire que je suis d’accord avec Marine Le Pen sur tout. Il faut préparer l’avenir car je ne veux pas laisser la France à un duel Macron/Mélenchon. Les Républicains doivent faire un pas vers le Front national, le Front national doit faire un pas vers les Républicains. Debout la France peut être le ciment de tout ça.

Depuis 2015, les attaques islamistes ne cessent de frapper durement notre pays. Beaucoup de députés français appellent les autorités françaises à s’inspirer des méthodes israéliennes. Quelle est votre position sur le sujet ?

Nous sommes désarmés comme dans l’entre-deux-guerres vis-à-vis du péril hitlérien, vis-à-vis du péril fasciste vert, voilà la vérité. Une grande partie de la classe politique française est hypocrite car elle ne défend pas nos frontières. Israël défend ses frontières. Tous ceux qui disent qu’il faut s’inspirer d’Israël sont tous ceux qui ont voté la suppression des frontières…

En 2015, le juge antiterroriste Marc Trevidic a localisé à Ramallah un des terroristes palestiniens auteurs de l’attentat antisémite de la rue des Rosiers. La diplomatie française n’a, à ce jour, jamais entrepris la moindre démarche pour obtenir son extradition. Le droit des victimes à obtenir justice est-il si insignifiant face aux liens entre la France et l’Autorité palestinienne ?

C’est un scandale absolu. C’est insupportable. Je vais interpeller le gouvernement là-dessus. On doit le faire. C’est le respect que l’on doit aux victimes.

La France est le principal contributeur financier au budget de l’Autorité palestinienne. Elle verse chaque année plusieurs millions d’euros, sans contrôler efficacement la destination de ces fonds. L’Autorité palestinienne reverse une partie de cet argent aux terroristes palestiniens détenus en Israël et aux familles de terroristes abattus par les forces israéliennes. Plusieurs pays occidentaux ont gelé leur aide financière dans l’attente de garanties palestiniennes. La France doit-elle en faire de même ?

Je vais être très clair avec vous. La France doit en faire de même. Très clairement. Car on ne peut pas laisser déconsidérer la cause palestinienne par des terroristes. Pour qu’on retrouve une crédibilité vis-à-vis des Israéliens, il faut être très clair sur le fait qu’on ne peut pas donner de l’argent qui sert à des gens qui tuent.

J’ai un immense respect et une profonde admiration pour le courage des Israéliens. Vraiment. Il faut comprendre, se mettre à leur place quand ils subissent des attaques terroristes ou font face à des tirs de roquettes. En étant clair de la sorte, on pourra se permettre alors de dire aux Israéliens de mettre un terme à la colonisation qui est une erreur grave pour Israël. Je ne suis pas dans la critique islamo-gauchiste habituelle, anti-israélienne, des soutiens aux Palestiniens mais je suis très attaché à leur droit à l’autodétermination.

Quand vous parlez de colonisation, selon vous, le peuple juif est-il alors un corps étranger sur la terre d’Israël ?

Non, il n’est pas étranger sur cette terre, bien évidemment, mais il y avait un Etat avant.

Quel Etat ?

C’est toute la complexité du problème… L’objectif, c’est le respect des premières frontières de manière à concilier la légitimité du peuple juif à être sur cette terre et le droit des Palestiniens à avoir un Etat. Le gouvernement israélien ne doit pas rendre la situation inextricable en intensifiant la colonisation.

Le Parti travailliste israélien lui-même vient de faire son aggiornamento. Il ne considère plus les implantations israéliennes comme un problème. Il s’oppose même au démantèlement de ces localités juives dans le cadre d’un accord de paix avec les Palestiniens. Savez-vous combien d’implantations ont été créées ces trente dernières années ?

Je ne sais pas…

Une seule. Et c’était en juin dernier.

En effet, c’est important de le savoir. Je reconnais qu’Israël est victime d’une certaine désinformation dans les médias. Je dois avouer que j’ai évolué sur la question du conflit israélo-palestinien, notamment lorsqu’il y a eu les attentats à Paris.

Propos recueillis par Yohann Taïeb – © Le Monde Juif .info | Photo : DR