"Ainsi, lorsque l'on lit les professions de foi, reçues ces derniers jours, le mot laïcité est peu repris, quelquefois glissé dans un paragraphe, comme pour satisfaire l'un et l'autre. La question de l'intégrisme, elle, est même totalement ignorée, ne fait l'objet d'aucune proposition, chez certains, comme s'il n'existait pas. Comment juger crédibles des candidats qui continuent à se voiler la face et à refuser de voir ce qui est une évidence, et que nous dénoncions, dans Une France soumise? Notre pays vit une montée violente et grave de l'islam politique, auquel les autres religions emboîtent le pas avec bonheur, dans la perspective que reprendre le pouvoir temporel, perdu depuis déjà plus de 100 ans."

"Les réflexes sont installés, d'un côté comme de l'autre on prépare des élections avec, en tête, les votes communautaires. À trop écouter les communautés demander le droit à la différence, on a créé la différence des droits!"

Que traduit le manque de clarté d'Emmanuel Macron sur ce sujet, notamment concernant Mohamed Saou?

"Je ne crois pas que seul Emmanuel Macron ait un problème avec cela. L'ambiguïté entre le discours et les actes est générale. Entre François Fillon qui évoque l'islam politique et a activement contribué à l'intégration de l'UOIF au sein du CFCM, ou encore, a enterré le rapport Obin ; Benoît Hamon qui associe laïcité et discrimination et s'affiche aux côtés d'Alexis Bachelay qui est à l'origine de la proposition d'abrogation de la loi anti-boycott et a partagé la tribune lors de manifestations aux côtés de représentants du CCIF, dont les revendications sont l'abrogation des lois de 2004 et 2010, ou encore la reconnaissance de l'islamophobie comme un délit (il s'agit en fait d'une fumisterie qui consiste à interdire toute critique de l'islam et donc à valider le retour du blasphème!) ; ou encore Jean-Luc Mélenchon qui n'a jamais rompu les liens avec le parti de Clémentine Autain qui cosigne des tribunes avec le PIR et le CCIF … Tous ont un problème. C'est à qui occupera le mieux le terrain, qui avec ses relations rapprochées, qui avec ses ambassadeurs, qui avec ses animateurs de terrain, ou ses déclarations."

On a vu certaines personnes défendre le burkini au nom de la laïcité. Comment est-ce possible? N'est-ce pas une notion ambiguë en elle-même?

"La question du burkini n'est pas une question de laïcité mais d'application de nos principes Républicains, notamment la notion d'Égalité Femmes-Hommes.

Ceux qui défendent ce droit, comme une liberté accordée aux femmes d'accéder à la libre pratique du culte, oublient certaines choses, qu'il serait bon de leur rappeler. En effet, accepter le port du voile, comme une liberté, c'est déconnecter le concept de liberté de deux autres tout aussi importants dans notre devise: l'Égalité et la Fraternité.

Ensuite, le voile n'est pas un précepte coranique, ça a été démontré par une thèse ayant reçu la mention très bien à l'université d'Égypte al-Azhar en 2014. Il s'agit donc d'un objet à usage culturel … Sauf que les régions où il apparaît sont celles qui tombent sous la domination d'intégristes, comme les Frères musulmans, en Égypte.

Enfin, il faut bien contextualiser la chose. Le voile a un usage particulier: s'approprier le corps de la femme, lui interdire l'accès à l'espace publique tout en faisant d'elle un étendard de l'idéologie islamo-politique. Le burkini a la même fonction avec un retentissement important, parce qu'intrinsèquement choquant pour les Occidentales.

Il signifie la pudeur de la femme qui le porte, son infériorité, puisque son corps est considéré comme impur. Mais ce qu'il faut décrypter dans le message de celle qui le porte, c'est aussi son rejet de notre société et l'insulte faite à la femme qui s'y refuse, considérée comme impudique! Pour rappel, l'imam de Brest, Rachid Abou Houdagfa, que tout le monde évoque au sujet de la musique qui transformerait en Porc, a eu des déclarations très dures sur les femmes sans voile: «si la femme sort sans honneur ; qu'elle ne s'étonne pas que les hommes abusent de cette femme-là, l'honneur étant assuré par le voile» … L'idéologie cachée est trop grave pour être tue et ignorée.

Quant aux naïfs qui croient libérer les femmes en encourageant de telles tenues, leur permettant, selon leurs propres arguments, de prendre un bain de soleil ou de mer, ils acceptent, en réalité l'enfermement et la soumission des femmes, l'accompagnent et s'en rendent complices. Combien seront contraintes par leur faute?"

 

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